Jean-Pierre Faye

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Né à Paris en 1925.

 

Licence en droit et science économique, 1947.
DES avec Gaston Bachelard, 1948
Agrégation de philosophie, 1950.
Doctorat d’Etat, 1972.

 

Musée de l’Homme: enseignement de Claude Lévi-Strauss et Leroi-Gourhan.
Lycée de Reims, 1951-1954.
Enseigne à l’Université de Lille et à la Sorbonne.
Une année à l’University of Chicago, 1954-55. Ecrit Entre les rues.
Directeur de recherche au CNRS.
Commence à Berlin L’Ecluse. Rencontre avec Günter Grass.
Prix Renaudot 1964 pour l’Ecluse.
La parution de l’Hexagramme, incluant l’Ecluse, va s’achever en 1970. Et se prolonger par Les portes des villes du monde et Inferno, versions. Davantage encore, par La Grande Nap, en 1990.
Travail en Allemagne et en Italie, de 1958 à 1972, en vue d’écrire Langages totalitaires et Théorie du récit, réédités dans de nouvelles versions en 2003-2004 aux Editions Hermann.

 

A Fribourg, en 1961, se découvre avec de jeunes chercheurs allemands, puis se traduit et se publie dans la revue Médiations, aux éditions de Minuit, la Profession de foi en Adolf Hitler et l’Etat nationalsocialiste de Martin Heidegger, écrite, prononcée et publiée en novembre 1933. Par le « retourner à l’essence de l’Etre » et le « courage originaire dans la confrontation avec l’étant », « la révolution nationalsocialiste… apporte le bouleversement total de notre Dasein…« . La langue de l’ontologie entreprend ici une fusion intérieure avec les langages du déchaînement dans la violence politique.

 

Cette parution déchaîne de grandes coulées d’injures. Celles-ci vont se coaguler à nouveau en articles déchaînés, parus en 1967 et à nouveay réédités en 2006. Curieusement, un fragment mineur de l’opinion publique en veut davantage au découvreur et traducteur qu’à l’auteur de cette « Profession » fracassante d’adhésion au nazisme: la Bekenntnis zu Adolf Hitler. Il semblerait que le simple geste traduisant, sur une pareille donne, soit lui-même fracassant. Ainsi, le penseur de « l’imagination transcendentale », dans le Kantbuch heideggerien de 1929 – « Kant et le problème de la métaphysique » -, devient aussi l’auteur de la « Profession de foi en Adolf Hitler ». En 2001, la parution programmée par Heidegger lui-même du tome 37 de l’Edition intégrale, la Gesamtausgabe, va le découvrir comme l’auteur du Cours d’Hiver 1933-34 sur « l’Essence de la vérité » : où est programmée « l’attaque », l’Angriff en vue de « la totale extermination », la « völlige Vernichtung » de « l’ennemi intérieur », « l’ Asiatique », – ce mot même dont use en octobre 1941 le maréchal nazi von Reichenau, pour annoncer à ses troupes du VIe Groupe d’armées la décision hitlérienne visant l’Asiatisch-jüdisch.

 

Ainsi, le philosophe d’Etre et temps est devenu dans le Cours d’Hiver 1933-34 le meurtier philosophique de la Gesamtausgabe tome 37. Quelle est cette transformation impensée, comment penser ce transformat?

 

Aux mêmes moments, en 1962, je découvre les attaques du SS Kriek en avril 1934 contre « la philosophie heideggerienne » comme « nihilisme métaphysique », c’est-à-dire celle qui auparavant parmi nous est représentée par les littérateurs juifs, ferment de la destruction »…

 

Dès avril 1935, le Cours d’été heideggerien engage le fer face à cela, pour affirmer par touches successives que la « Métaphysique » est « tombée hors de l’Etre » dans la « chasse à l’étant »,- pour conclure que « c’est Nihilisme »…

 

A partie des découvertes de 1961-62, la tâche philosophique sera désormais de penser les stratégies impensées des langages, – porteurs d’histoire réelle et de fantasmes d’histoire chargés de puissance active -, ces « quanta de puissance », désignés de façon fugitive par la cahiers posthumes nietzschéens.

 

Naissent la revue et le mouvement Change en 1967. Jusqu’en 1985. Et par delà.

 

Congrès Culturel à Cuba en janvier 1968. Voyage en Russie en avril-mai, sous l’égide à distance de Nathalie Sarraute, elle-même Russe de naissance. Rencontre avec Lenina Zonina, la « fiancée » de Sartre, cosignataire de la Lettre Ouverte de Sakharov qui fondait le Mouvement des Droits de l’homme en Russie dans ces mêmes mois.

 

Fondation de l’Union des Ecrivains au printemps de la Sorbonne avec Michel Butor, Nathalie Sarraut, Bernard Pingaud, des Temps Modernes, Guillevic, Alain Jouffroy, Geneviève Serreau, Jérôme Peignot, Danielle Collobert, Jacques Roubaud, Mitsou Ronat, Elisabeth Roudinesco, Paul-Louis Rossi, Jean-Claude Montel.

 

Premier voyage à Prague, en janvier 1969, invité par l’Union des Ecrivains Tchécoslovaques autour de Milan Kundera. Rencontre avec Slansky junior (dont le père est fusillé sur l’ordre de Staline durant son enfance), soudain président des Conseils ouvriers insurgés, élus contre l’invasion militaire et devenus les bastions de résistance à l’invasion. Le suicide par le feu de Jan Palach sur la Place Vaclav vient d’avoir lieu. Son visage dans toute vitrine, sans exception. Avec la maxime de Jan Huss: « La vérité vaincra ».

 

Publie les Manifestes des Conseils ouvriers tchécoslovaques, dans Change. Arrêté en 1971 avec Michel Leiris, Mireille Fanon Mendès-France et Jérôme Peignot dans une prise de position aux côtés des travailleurs maliens en grève à Ivry. Dans les cachots de verre sans fenêtre de la Brigade territoriale du XIII arrondissement, se décide avec Michel Leiris et Jérôme Peignot la publication des écrits posthumes de Laure, confiés à Leiris par Georges Bataille avant sa mort. La seconde édition complète paraîtra dans Change hors édition.

 

Second voyage à Prague en vue d’être témoin du procès de la Charte 77. Arrêté par la police politique du STB, avec Patrice Chéreau et le mathématicien Dieudonné.

 

Au troisième voyage à Prague, en 1969, conversation avec Dienstbier, devenu ministre des Affaires Etrangères, auparavant l’un des accusés avec Vaclav Havel, condamnés au porcès de la Charte 77.
Prend part avec Félix Guattari, Gilles Deleuze et Pierre Bourdieu à l’initiative pour le « droit à la candidature » de Coluche à la Présidence de la République… A Marseille, puis à Toulouse, mise en scène des Grandes Journées du Père Duchesne, en 1982 et 1989. Travail avec Roger Blin et Alain Cuny sur Cirque. La réalisation de l’Iskra, à l’atelier de création, remonte à 1971 et 1973.

 

Initiateur du Collège international de philosophie en 1981-83, dont il a fait part aussitôt à François Châtelet et Félix Gattari. Quitte le Collège sur Heidegger de 1987 – où sera curieusement affirmée la conjonction de « deux fléaux » confondus en un seul: « la caution donnée au nazisme », et « le geste métaphysique »…

 

En 1982, voyage au Japon. Séminaires en Chine en 1994 à l’Université de Pékin et à l’Académie des Sciences de Pékin et Shangaï. Analyse attentive, avec la philosophe Mao Yi-hong, de la réapparition vers 1900 du signe confucéen qui devient le traduisant du concept arabo-européen de « métaphysique »: xing er shang xué, devenu testu gaku au Japon – « forme en amont science », Gestalt von Oben Wissenschaft…

 

Propose en 1985 la création de L’Université Européenne de la Recherche sur la Montagne Sainte-Geneviève, lieu de naissance initial de la toute première universitas, l’Université de Paris, reliée à Bologne et Oxford. Elle est l’objet de deux décisions interministérielles en 1986-87. Séminaire sur le Gaon de Vilius, au château de Vincennes. Colloque de Fernand Braudel, également au château de Vincennes, site légal de l’Université Européenne de la Recherche, enregistré au Secrétariat Général du Gouverment, mais non respecté par les gestions ultérieures.

 

Grands Colloques sur l’ancien site de l’Ecole Polytechnique devenu le Ministère de la Recherche, de 1985 à 2005 et par delà, : Sur Ernst Bloch avec Arno Münster. Sur Maïmonide, dès 1986, avec Jacob Taubed. Sur Averroès en 1991, avec les Université de Fès et de Cracovie. Sur la seconde révolution scientifique européenne: Louis de Broglie, Heisenberg, Schrödinger, avec André Lichnerowicz, président du conseil scientifique; et avec le dernier dans la lignée des fondateurs de la physique quantique: John Bell; avec Ilya Prigogine, Nobel de Chimie, Abdus Salam, Nobel de Physique, et le comité de physique de l’académie des sciences de Stockholm. Sur la conquête spatiale, au moment où la sonde européenne Giotto atteint la comète de Halley. Sur Platon, en 2005, avec Vassili Vassilikos, ambassadeur de la Grèce auprès de l’UNESCO.

 

La Cité Européenne des Récollets est créée, très partiellement, dans l’ancien couvent des Récollets, 148, rue du Faubourg Saint-Martin : l’ex-hôpital militaire sauvé d’une destruction plusieurs fois programmée, par l’intervention de Robert Bordaz, fondateur du Centre Beaubourg, et par le Manifeste des Dix, signé aves Pierre Soulages, Félix Guattari, Paul Virilio, Gilles Deleuze, Gérard Fromanger. Est fondé sur ce lieu le Centre Averroès-Maïmonide, point de jonction de la philosophie arabe et de la philosophie juive.

 

Le 18 juillet 2007, moment incisif: Averroès et Louria – Ibn Rochd et Isaac Louria, l’un né à Cordoue-Qurtuba, mort à Marrakech, et l’autre né à Jérusalem, mort à Safed – se rencontrent sur la double question de l’instant zéro du monde et du point zéro dans le surgissement de l’univers: la question située en deça du « temps incompressible » et du  » mur de Planck » dans l’astrophysique contemporaine.

 

Les années 2006 et 2007 sont marquées par le déchaînement d’une offensive négationniste à couleur « philosophique ». Un gros pamphlet réanime à nouveau celui de 1967, qui s’en prenait curieusement au tradcteur de la « Profession de foi en Adolf Hitler » heideggerienne. Son chef de file lance des « bonnes feuilles » où il affirme « partager l’opinion » de Jean Beaufret qui affirmait « les mêmes doutes » que Robert Faurisson sur l’existence des chambres à gaz des camps d’extermination Nazis. Aux mêmes moments le même Faurisson est invité à Téhéran où s’affirm bruyament la négation de l’extermination dans les Vernichungslager de 1942-1944. Refusé par les éditions Gallimard, – mais en se présentant comme « les pièces du procès »… En fait le procès a lieu ailleurs au même moment: Faurisson insulte Robert Badinter, en affirmant au procès insensé qu’il lui intente, que l’extermination nazie n’est qu’une « baudruche », « un bidon qu’il faut crever »…

 

Dans ce contexte, la parution de l’Edition intégrale heideggerienne se transforme en la plus grande tragédie philosophique jamais survenue: le tome 90 paru en 2004, non encore paru en traduction française, affirme dans une conférence de 1940 que « l’Etre-race et la domination en tant que cette race sont élevés en fin ultime ». Dans un autre texte de 1940, publié à la veille de l’année 2000, « la pensée de la race… jaillit de l’expérience de l’Etre. »…
Dès lors la traduction de la « Profession de foi » en 1961 devient l’un des préludes à une investigation expérimentale en philosophie: sur la production de l’infâmie, à travers les transformations furieuses de locutions dangereusement actives: du Sein-zum-tode au Rasse-sein, de « l’être-pour-la-mort », jusqu’à « l’être-race ».

 

Un parcours biographique se change alors en expérimentation vive, discontinue et continuelle.

 

Moment biographique, ici? Celui auquel on souhaite parvenir, sans souhaiter s’y appesantir.

Bibliographie de Jean-Pierre Faye 13nov07 | 0 commentaire(s) |

Essai, Philosophie

 

Langages totalitaires, Hermann, Nouvelle édition, 2004
Introduction aux langages totalitaires, Théorie et transformations du récit, Hermann
Introduction à Epicure, Hermann
Le vrai Nietzsche, Guerre à la guerre, Hermann
Journal du voyage absolu, Hermann
Le récit hunique, Seuil
Dictionnaire politique portatif, Gallimard
L’Europe une. Les philosophes et l’Europe, Gallimard, Arcades
Nietzsche et Salomé. La philosophie dangereuse, Grasset
La critique du langage et son économie, Galilée
La raison narrative. Critique de l’économie narrative II, Balland
Migrations du récit sur le peuple juif, Belfond
Qu’est-ce que la philosophie? Armand Colin
Le Siècle des idéologies, Armand Colin, Pocket
La philosophie désormais, Armand Colin
La dérision antisémite et son language, Actes Sud, Babel
La frontière. Sarajevo dans l’archipel, Actes Sud
Le piège. La philosophie heideggerienne et le nazisme, Balland
Court traité et dialogue sur le transformat, Al Dante

 

Collectif

 

Hypothèses. Linguistique et poétique, Change, Seghers/Laffont, avec Romain Jakobson, Noam Chomsky
Langue théorie générative étendue, Hermann
Les morts, les mots, les appareils d’Etat, Galilée
Cistre 7, L’Age d’homme
Philosophie 2. La paix, la guerre, Fayard
L’ensemble des mesures, Change errant
Change, première suite, 10/18
Change de forme, 10/18
Change matériel, 10/18
Introduction aux « Méditations cartésiennes » de Merab Mamardachvili, traduit du russe par Tanya Page et Luba Jorgenson, Actes Sud
Change, Seuil, Seghers/Laffont, 45 volumes

 

Fiction

 

Les Douze:

 

L’Hexagramme, Seuil:
Entre les rues
La Cassure
Battement
Analogues
L’Ecluse
Les Troyens
Les portes des villes du monde,
Belfond
Inferno, versions, Seghers Laffont, Change
L’Ovale (détail), Robert Laffont
Yumi, visage caméra, Lieu commun
La Grande Nap, Balland
Didjila, Le Tigre, Balland

 

Poésie

 

Fleuve renversé, GLM
Couleurs pliées, Gallimard
Verres, Seghers/Laffont
Syeeda, Shakespeare & Co, Reliefs
Sacripant furieux, Change errant
Le livre de Lioube, Fourbis
Guerre trouvée, Al Dante
Ode Europe, Imprimerie Nationale
Le livre du vrai, L’Harmattan
Herbe hors d’elle, Rémy Maure
Eclat Rançon, La Différence
Sara Gemma

 

Théâtre

 

Théâtre, Seuil,
Iskra, suivi de Cirque, Seghers / Laffont
Les Grandes Journées du père Duchesne, Seghers / Laffont
Grandes narrations de Bourgogne, Publisud
Mitaa, le danger d’or

 

Traduction

 

Hölderlin, poèmes, GLM, L’amourier

Heidegger : la plus grande tragédie philosophie – et la crise 07nov07 | 1 commentaire(s) |

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